Première nuit.
La nuit dans le wagon du Red-seater n’est pas des plus confortables. Ce matin, j’ai mal au dos, les mauvaises positions, les retournements sur moi-même ont pris le dessus sur mon envie de dormir. Ce n’est pas grave, j’ai pu profiter d’un magnifique lever de soleil qui sort la plupart des voyageurs de leurs rêves. La douche est située à l’entrée du wagon, elle me sortira de ma torpeur de la nuit et me soulagera de son jet d’eau chaude.
Il est 7h30, c’est l’heure ou le bar-snack ouvre ses portes. Je suis content, je vais pouvoir aller boire mon café du matin, que j’attends depuis hier soir. Et quelle joie de le boire assis dans un wagon du Ghan.
Le wagon bar snack est très sobre, les tables sont en formica vert d’eau, les sièges sont rouges recouvert d’un cuir bien solide. On croirait s’asseoir sur des ressorts tellement les sièges sont épais.
Le bar, où le steward vend de tout sauf de la nourriture équilibrée et de bonne qualité, est en inox, avec à côté, une vitrine où sont réchauffés les fameux pies australiens…. N’oubliez pas d’apporter des fruits avec vous, des bons petits gâteaux et de l’eau.
La nuit a apporté ses changements en dehors du train. Nous avons fait plus de 700 km, le paysage a totalement changé. Nous ne sommes plus dans les champs verts du Victoria, mais nous roulons au cœur des terres rouges du centre de l’Australie.
La terre est rouge ocre, les herbes et spiniflex de couleur jaunes déroulent un tapis doré sur lequel les arbustes du désert dessinent des points verts. C’est magique, mais tellement réel.
Le bruit du train fait fuir les animaux sur son passage, mais ils sont bien là. En témoignent les multitudes traces laissées quotidiennement par les animaux du bush.
L’Australie compte de nombreuses espèces d’animaux vivants à l’état sauvage. Les kangourous, les chevaux, les chameaux, les dromadaires, les chèvres, les vaches, les chiens sauvages appelés Dingo, les lapins, les chats, les émeus… ce n’est qu’une partie infime des animaux que vous aurez la chance de rencontrer si vous venez découvrir ce magnifique continent.
Mon café de la main droite et mon muffin de l’autre, je regarde les paysages. Et oui ce matin j’ai craqué, pour un muffin, sachant très bien qu’il allait être infâme, j’en ai tout de même acheté un et je le confirme : il était immangeable….
Le long des voies ferrées, d’énormes trous ont été construits pour protéger les rails des fameux flash flood qui chaque année tuent et emportent tout sur leurs passages. L’Australie est un pays plat, avec de nombreux engorgements créés par l’érosion durant des milliers d’années. Les terres sont très sèches et le sol dur comme de la pierre. Dès qu’il se met à pleuvoir, l’eau ne rentre pas dans le sol, mais reste en surface et s’accumule pour créer au début un ruissellement, ensuite un petit cours d’eau, jusqu’à de violents torrents qui se créent au gré de l’eau et souvent en dehors du lit des rivières. Vous pouvez à certains endroits ne pas avoir d’eau, ni de pluie et voir en quelques secondes arriver sur vous un torrent de boue et d’eau déchaîné. Donc quand vous voyez un panneau attention Flash flood, ne camper surtout pas là !
J’entends le son annonçant qu’une information va nous être donné par le coach. Depuis que nous sommes partis d’Adélaïde, lui et le conducteur n’hésitent pas à attraper le micro en nous contant certaines histoires en relation avec le Ghan et nous disent de regarder soit à gauche soit à droite pour tel ou tel monument. Le conducteur va même jusqu’à arrêter le train pour que nous puissions prendre une photo... par la fenêtre, bien sûr. C’est aussi ça le charme de l’Australie.
Ah, si la sncf française pouvait nous conter des histoires sur leur passé héroïque, il ne tiendrait qu’en un mot : Grève !!! Et souvent quand le train s’arrête c’est par faute de… grève !!!
Il est 13h27, nous arrivons à Alice Springs, c’est la seule grande ville se trouvant au centre de l’Australie. C’est une étape indispensable lors de votre venue en Australie. Elle est le point de départ de nombreux sites se trouvant au centre, tel que Uluru, Kings canyon, Larapinta track et beaucoup d’autres sites et rencontres en relations au peuple aborigène vivant sur ces terres depuis plusieurs milliers d’années.
Le train va y faire un arrêt de 4 heures.
Alice Springs c’est 22 300 habitants, les aborigènes représentent environ 22% de la population de la ville. Vous y découvrirez beaucoup de galeries d’art aborigènes, tenues par des non-aborigènes.
Chacun fait le choix d’acheter leurs souvenirs ou pièces d’art où ils veulent, mais je vous conseille d’acheter directement aux aborigènes. Sachez que vous ne trouverez jamais une peinture aborigène vous racontant une histoire en relation avec une famille, une tribu, un rituel ou un endroit secret. Ceux qui disent vous vendre des tableaux avec une histoire d’une tribu ou d’un rite sont des menteurs ou des arnaqueurs. Sachez que les aborigènes de part certaines lois ancestrales, ne peuvent dévoiler leurs secrets. La punition serait tellement insupportable qu’il préfèreraient se donner la mort, car elle leur serait plus douce.
Alors réfléchissez bien et renseignez vous avant de donner beaucoup d’argent à une galerie qui vous vendra des points colorés sur un tissu… C’est identique pour les didgeridoos, achetez les directement à un aborigène qui les fait lui-même.
En achetant que de cette manière, vous accorderez votre confiance à la personne qui travaille ces objets d’art et lui donnerez la possibilité de continuer à travailler son art et à perpétuer des gestes ancestraux sans intermédiaire étranger.
Combien d’artistes Aborigènes se font volés des oeuvres pour quelques dollars et bouteilles d’alcools, alors que la plupart des peintures sont revendues ensuite des milliers de dollars dans les galeries.
Pour le touriste qui débarque tout juste d’Europe, certaines visions d’Alice Springs peuvent paraître brutales en voyant les aborigènes saouls dans la plupart des rues.
Avant que je continue, sachez que les Aborigènes ne sont pas comme ça, c’est notre civilisation qui les a rendus comme ça, c’est notre civilisation que les a déracinés. C’est pour cela qu’il est très important lors de la préparation de votre voyage de choisir un tour où vous aurez l’occasion de vivre avec les aborigènes qui vivent sur leurs terres et non en ville. Visitez ce site : www.bodeideicamp.fr
Il faut se dire que c’est comme nos clochards en France. Et vous remarquez en voyageant en Australie que les aborigènes ne sont pas ceux qui boivent le plus… et que l’alcoolisme chez les Australiens blancs est devenu un problème de santé nationale, tout comme l’obésité.
Il faut relativiser et se renseigner sur qui sont les aborigènes et là vous découvrirez que c’est un peuple au savoir bien plus avancé que le nôtre.
Je vais faire quelques courses au magasin. Des fruits, des gâteaux et de l’eau. J’en profite pour me perdre dans Alice Springs. Il n’y a pas d’immeuble, les rues y sont larges avec de nombreux espaces verts. Sous chaque arbre et coin d’ombre, on trouve des personnes assises ou allongées. Je passe devant l’école maternelle, le constat est alarmant, je ne compte même pas 1/4 d’enfant aborigène.
Les rues sont assez sales, la chaleur n’aide pas à dissiper les odeurs des poubelles qui jonchent certains trottoirs. Les bouteilles de bière, de vin, les papiers de bonbons, de paquets de cigarettes montrent à quel point une certaine partie de la population australienne n’a aucun respect pour l’environnement et pour son prochain.
Si un jour vous traversez l’Australie d’Est en Ouest, vous pourrez découvrir un certain visage de l’Australie . Le bord des routes est le cimetière de millions de bouteilles. Les routiers jettent leurs bouteilles remplies d’urine. Dans de nombreuses grandes villes, certains quartiers ont le triste visage d’une poubelle ouverte.
Mais l’Australie est loin d’être une poubelle, dans son ensemble c’est un pays très propre. Cependant, la mentalité Australienne n’est pas à l’écologie et au respect de l’environnement qui l’entoure.
C’est comme dans nombreux pays sur notre planète, vous avez la moitié de la population qui combat au quotidien pour vivre dans un environnement propre et sain alors que l’autre moitié abuse, outrepasse, défigure et pollue. L’australien est le plus grand consommateur d’eau par habitant. Alors que le pays meurt de soif.
Sur tout le continent australien des systèmes d’alertes ont été mis en place pour réglementer l’utilisation de l’eau auprès des habitants et collectivités. Il existe 5 niveaux d’alerte. Le niveau 5 signifie que l’eau commence à manquer et qu’il faut se renseigner sur les restrictions en place auprès des autorités. Le niveau 1 est le niveau d’alerte maximum, l’arrosage est possible que certains jours de la semaine à certaines heures. Sinon c’est l’amende avec un minimum de $345 … attention en Australie votre voisin est votre ami pour le barbecue , mais après ça, il sera le premier à vous dénoncer… lien à visiter ; www.savewater.com.au
Je vous invite là encore à soutenir les tours opérators qui mettent un accent fort sur l’écologie et le respect de l’environnement. Le voyageur est le premier consommateur et aussi le premier à décider où il va aller et ce qu’il veut faire. Il a donc le pouvoir !
Les 4 heures passent très vite, j’ai pu visiter 2 fois la ville et me promener autour. N’hésitez pas à monter au point de vue qui surplombe la ville, vous y découvrirez le panorama de l’ensemble de la ville.
Je retourne vers la gare d’Alice, comme moi de nombreuses personnes se rendent auprès de leur wagon. Il y a plus de monde qu’au départ d’Adélaïde. Moins de touristes et plus de personnes d’ici.
18 heures tapantes, un nouveau chef de bord nous annonce l’ouverture des portes. Il ne me reste plus que 14 heures pour me rendre à Katherine. Je rentre dans le wagon en espérant avoir personne à côté de moi et profiter de deux sièges pour m’allonger. Je m’installe jusqu’au moment où je sens une odeur d’alcool et de chaussures mouillées à côté de moi, je me retourne et là avec un grand sourire un homme me dit : Hello mate, how are you ?
Oups, bien sur je lui dit : Good. mais déjà, je commence à compter les 14 heures de voyage qui me restent. Il était grand, maigre avec une barbe qui faisait au moins 40 cm de long. Sa chemise à carreaux bleus et blancs avait viré au marron, sûrement dû au manque de nettoyage. Un paquet de cigarettes à rouler remplissait sa pochette de chemise. Ses cheveux grisonnant respiraient le lavage naturel, je sous-entends, de la dernière pluie !
Le moment où il a enlevé ses chaussures a été pour moi tellement horrible que je me suis mis à rire tout seul.
Conseil pour tous, voyagez à deux, comme ça vous êtes sûr de votre voisin.
La nuit est vite tombée en emportant avec elle mon espace de liberté qui se trouvait en dehors du wagon. Je me suis habitué à l’odeur de mon ami. Tout en discutant il me raconte sa vie. C’est un travailleur itinérant, comme beaucoup de personnes en Australie. Cette fois-ci il va à Katherine, car il avait terminé son contrat à Alice Springs. Sa vie c’est ça, il travaille et change de ville dès que nécessaire.
Vous remarquerez que nombreuses sont les personnes vivant d’itinérance. Ils ont leur mobilhome et voyagent toute leur vie sur leur continent. Ils sont un jour jardinier, l’autre jour construcyeur et deviendront jardinier le mois d’après. Ils vont où le travail les amène. Quand ils ont assez d’argent, ils s’arrêtent dans un endroit paradisiaque et profitent du temps. Entre la pêche, la détente et les rencontres, ils tracent leur vie.
La nuit est longue, j’ai dû mal à trouver le sommeil. Le train fait de nombreux arrêts pour livrer et récupérer des paquets. Vers 5 heures du matin, je me lève et je profite d’une bonne douche chaude. 10 mn de bonheur où je détends mes vertèbres.
Plus que 4 heures avant d’arriver. Je ne retourne pas m’asseoir, je vais directement dans le wagon Bar pour en attendre l’ouverture et profiter du magnifique lever de soleil.
9h04, le train s’arrête en afin à Katherine, le ciel est bleu, le coach nous annonce une température de 27°C. Je suis heureux d’être arrivé et pressé de me retrouver dans les rues de Katherine.
La gare est à 7 km du centre ville. Avec mon gros sac , plus le sac de mon appareil photo, je préfère prendre la navette. Il vous faudra débourser $13 pour le 7 km.
Le bus nous dépose à la gare routière, elle est assez grande par rapport à la taille de la ville. Située à 310 km de Darwin , Katherine reste une ville où les voyageurs passent pour aller vers le Nord ou pour rejoindre l’Ouest ou l’Est Australien. Vous ne pouvez pas louper la visite du Parc naturel de Katherine Gorge, appelée Nitmiluk par les Aborigènes de la tribu Jawoyn habitant la région. Du canoë, de la randonnée,des visites guidés, et des vols en hélicoptère , tout est là pour que vous puissiez profiter de ce magnifique endroit. Visitez ce site internet pour plus d’informations : www.katherinegorge.com
La ville sent le bush, l’odeur de la poussière mêlée aux odeurs des essences d’eucalyptus envahie mes narines et me redonne de l’énergie pour cette belle aventure. J’adore ces villes où il n’y a qu’une grande rue principale avec des petites rues parallèles. Dès que vous marchez 200 mètres en dehors de la ville, il n’y a plus rien.
Elle me fait penser à la ville de Coober Pedy qui se trouve sur l’axe principale qui traverse l’Australie du Sud au Nord, entre Adélaide et Alice Spring. C’est la ville de l’Opal, où vous ne croiserez que des cow-boys, des hommes tatoués avec leurs vieux véhicules où une mini grue est fixée à l’arrière. En dehors de la rue principale, il n’y a que des ruelles non bitumées, c’est de la terre rouge jaune qui s’envole au moindre coup de vent, tellement le sol est sec. Les habitations y sont troglodyte, c’est-à-dire creusé dans le sol… et souvent en construisant leurs maisons, des hommes devenais millionnaire en y trouvant de l’Opal… à visiter absolument. Un lien : http://www.opalcapitaloftheworld.com.au/
Le bitume de la rue principale de Katherine n’est plus noir, il est devenu au file des années d’une couleur rouge-ocre laissé par les véhicules 4 wd qui ont traversé les pistes des alentours.
J’ai rendez-vous à 13 H avec François Giner devant la station BP. J’ai donc 5 heures devant moi. Je vais déposer mon gros sac à la station de bus, je pourrai me promener plus aisément. Tout est là pour nous satisfaire, les cafés, les bars, les restaurants, les hotels, galeries, shop diverses et variés. Je vais donc me poser dans un café et lire un peu le journal du coin. Mais en passant devant un bar, j’ai été intrigué par le brouhaha assourdissant accompagné de cris et d’une musique techno.
la suite bientôt.... n'hésitez pas à commenter le récit